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3 questions à Sandrine Maljean-Dubois sur la COP 23

Ce vendredi 17 novembre, la COP 23 s’est achevée à Bonn (Allemagne). Décryptage de cette nouvelle « Conférence des parties » et de ses faits marquants par Sandrine Maljean-Dubois, Directrice de recherche au CNRS et enseignante en droit de l’environnement à l’Université d’Aix-Marseille.

« La COP 24 sera ainsi un crash test pour le dispositif de relèvement du niveau d’ambition des contributions nationales »

Quels étaient les enjeux de cette COP23 ?

La COP 23 n’était qu’une COP d’étape vers la prochaine COP, qui sera quant à elle une COP importante puisque doit y être adoptée une série de décisions opérationnalisant l’Accord de Paris. Dans ces conditions, la COP a été logiquement marquée par un certain attentisme. Il fallait simplement que ce soit une COP d’étape réussie sur la route de la COP 24 qui aura lieu à Katowice… C’est le cas puisque ces négociations se sont déroulées sans grand drame (mais sans enthousiasme non plus). Les avancées de la COP 23 sont donc surtout techniques. Les points les plus crispés et les plus politiques ne se débloqueront –tout au moins peut-on l’espérer– que dans les dernières heures de la COP 24.

Autre achèvement important, la COP 23 a pu lancer le « Dialogue de Talanoa ». Ce dialogue politique, qui se tiendra en deux temps, mai et novembre 2018, sera informé au moins en novembre par la publication par le GIEC à la fin de l’été de son rapport sur les conséquences d’une augmentation des températures supérieure à 1,5°C. La COP 24 sera ainsi un crash test pour le dispositif de relèvement du niveau d’ambition des contributions nationales prévu à Paris. Si les États ne bougent pas, malgré les conclusions du rapport du GIEC, alors le prochain rendez-vous sera en 2023, date à laquelle est prévu un nouveau bilan mondial des efforts collectifs. Mais, en raison de l’effet cumulatif de nos émissions, il sera alors probablement trop tard pour remplir les objectifs ambitieux de l’Accord de Paris.

Quels sont, à l’heure actuelle, les points de désaccords majeurs ?

Outre les désaccords transatlantiques, la ligne de fracture majeure est entre le Nord et le Sud. Les pays du Sud réclament aux pays du Nord des efforts supplémentaires de réduction de leurs émissions. Les pays du Sud y sont en effet particulièrement vulnérables alors qu’ils n’en portent pas la responsabilité historique. Pour certains, comme les petits États insulaires du Pacifique, c’est même une question de survie de l’État lui-même ! Or, durant la COP 23, on a appris que les émissions de gaz à effet de serre repartaient à la hausse après une période de stagnation, là même où elles devraient décroitre rapidement…

Les pays du Sud réclament aussi que les pays du Nord mettent en œuvre leurs engagements financiers. Les financements climatiques devraient atteindre 100 milliards de dollars par an. Pour l’instant, malgré des progrès, le compte n’y est pas. Le Sommet sur la finance climat organisé le 12 décembre à Paris permettra peut-être de faire avancer les choses de ce point de vue. Il y a, enfin, la question des « pertes et préjudices ».
Les pays en développement revendiquaient de longue date un dispositif international pour y faire face, permettant de compenser ces dommages. La COP de Varsovie en 2013 a bien mis sur pied un mécanisme, mais il est loin de combler leurs attentes. Il fait maintenant partie de l’Accord de Paris et les pays du Sud souhaiteraient sa montée en puissance rapide.

Le retrait américain de l’Accord de Paris a-t-il un impact sur les négociations environnementales actuelles ?

Ce retrait n’est pas encore effectif. Les États-Unis devront attendre encore 2 ans avant de le signifier officiellement et 1 an de plus pour qu’il soit effectif. Les États-Unis sont donc dans une position peu confortable d’« entre-deux » : toujours dedans, mais… déjà un pied dehors. Partis à la COP 23 bien décidés à « défendre leurs intérêts », ils ont eu du mal. Il leur est naturellement plus difficile d’influer sur les négociations en cours, alors qu’ils se sont eux-mêmes marginalisés.

Les autres pays masquent d’ailleurs mal leur agacement. Lorsque les Américains ont –en pleine COP– organisé un événement promouvant les énergies fossiles, ils ont même été très chahutés. Il faut dire que c’était provocateur…

Il ne faut pas se voiler la face. Le retrait annoncé des États-Unis pose des problèmes de financement tant leur part dans le budget de la convention climat (25%), celui du Fonds vert pour le climat (30%) ou encore du GIEC (40%), est majeure. Les autres États, les acteurs infra et non étatiques parviendront-ils à compenser ces pertes programmées ? La coalition « We are still in » parviendra-t-elle à mettre en œuvre malgré tout la contribution américaine (une réduction des émissions de 26 à 28% en 2025 par rapport à 2005), sans le soutien de la Maison Blanche et même contre les vents contraires que souffle cette dernière ? C’est toute la question car les États-Unis sont, derrière la Chine, le deuxième émetteur mondial. Mais on peut d’ores et déjà se réjouir du fait que l’annonce américaine n’ait produit aucun effet domino. Elle semble n’avoir démotivé personne et on peut même penser qu’elle a au contraire et –au moins à certains égards et pour certains acteurs– joué le rôle d’un électrochoc positif. Les dynamiques restent toutefois fragiles… À suivre, donc !

Par Sandrine Maljean-Dubois

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